Cameroun-Nigeria Accord parfait contre Boko Haram

 

A l’issue de la visite d’amitié et de travail que le président nigérian Muhammadu Buhari a effectuée à Yaoundé du 29 au 30 juillet dernier, il apparaît que son hôte, le président Paul Biya, peut compter sur un homme de confiance pour conjurer la menace de la secte terroriste Boko Haram et renforcer les relations entre les deux pays.

« Un nuage sombre plane au-dessus de nos pays. Un même danger nous menace et risque d’ébranler les fondements de nos Nations. Ce danger a pour nom, Boko Haram », ainsi parlait Paul Biya lors du toast prononcé à l’occasion du dîner d’Etat offert en l’honneur de son homologue nigérian, le 29 juillet dernier à Yaoundé.

Boko Haram, l’ennemi commun

On savait que Boko Haram serait le sujet vedette de la première rencontre Biya-Buhari, deux mois après l’accession de ce dernier à la magistrature suprême de son pays. Venue du Nigeria voisin, la secte terroriste Boko Haram s’illustre par des attaques meurtrières de part et d’autre de la frontière entre les deux pays, et dans l’ensemble des pays du Bassin du Lac Tchad, provoquant un afflux de réfugiés et de déplacés, et restreignant l’activité économique.
Après le Tchad et le Niger, deux autres pays touchés par les assauts du groupe terroriste, Muhammadu Buhari était très attendu au Cameroun, non seulement du fait que, comme le Nigeria, le pays fait face à Boko Haram, mais aussi et surtout parce que, en ce mois de juillet, la secte, qui semble avoir changé de stratégie, a fait une cinquantaine de morts en une dizaine de jours dans l’Extrême-Nord du Cameroun à travers cinq attentats-suicides.
Pour le Nigeria aussi, il était crucial que le président Buhari fasse le déplacement de Yaoundé. En effet, les observateurs sont unanimes à reconnaître que le Cameroun est un partenaire important dans la coalition anti-Boko Haram. On comprend alors pourquoi, juste avant le voyage de la capitale camerounaise, le porte-parole de la présidence nigériane, Garba Shehu, déclarait : « la visite d’une journée au Cameroun a pour but de construire une alliance régionale forte pour affronter Boko Haram ». Et, en fait, les deux chefs d’Etat et leurs suites officielles respectives ont consacré l’essentiel de leurs entretiens à la stratégie à mettre en place pour éradiquer la secte terroriste.

Eradiquer la secte terroriste

« Nous ne pouvons pas laisser cette gangrène prospérer. Nous devons mutualiser nos moyens, conjuguer nos forces, partager nos expériences », a indiqué le Président Paul Biya, lors du dîner d’Etat offert en l’honneur de son hôte nigérian. Le chef de l’Etat reconnaît la détermination de son hôte « à mettre un terme, sur le sol nigérian, aux activités de Boko Haram et à coopérer avec les autres pays touchés », et salue à leur juste valeur ses initiatives à ce sujet, avant de lui réaffirmer l’« engagement total, constant et sans faille du Cameroun ». Et Paul Biya de conclure : « notre intransigeance n’a d’égale que notre détermination à faire vivre nos populations dans la quiétude et la paix qu’elles ont toujours connues jusqu’à des temps récents ».
Pour sa part, Muhammadu Buhari, a dit toute sa détermination à œuvrer aux côtés du Cameroun et des autres pays du Bassin du Lac Tchad pour mettre fin aux activités de la secte terroriste.
Yaoundé et Abuja affichent « leur détermination commune à éradiquer Boko Haram et dans cette optique, ils conviennent, entre autres, d’intensifier l’échange de renseignements entre les services de sécurité des deux pays », et de « renforcer la coopération sécuritaire tout le long de leur frontière commune », selon les termes du communiqué final publié à la fin de la visite.
La visite du président Buhari à Yaoundé a aussi été l’occasion pour les deux chefs d’Etat de renouveler « leur soutien à la force multinationale mixte dans la guerre contre Boko Haram » et d’annoncer son déploiement début août 2015. Forte de 8700 militaires, policiers et civils, fournis par le Nigeria, le Cameroun, le Tchad, le Niger et le Bénin, la MNJTF, qui est basée à Ndjamena au Tchad, est commandée par un officier général nigérian, lequel a d’ailleurs été nommé jeudi pendant que le président Buhari se trouvait encore dans la capitale camerounaise. Pour nombre d’observateurs, l’adhésion de Paul Biya au déploiement de la MNJTF, n’est que logique, le chef de l’Etat camerounais ayant toujours soutenu que « le terrorisme est aujourd’hui une menace globale. Seule une riposte globale pourrait en venir à bout ».

Une excellente coopération bilatérale

Mais au-delà de la guerre contre Boko Haram, la visite d’amitié et de travail du président Muhammadu Buhari à Yaoundé a aussi permis d’aborder des aspects plus bilatéraux. « La gravité des problèmes de sécurité que je viens d’évoquer ne doit pas occulter notre détermination à poursuivre l’excellente coopération bilatérale diversifiée entre nos deux pays », a déclaré le président Biya. Le Nigeria est à ce jour le principal fournisseur du Cameroun.

Par ailleurs, Yaoundé et Abuja ont mis sur pied différentes structures de coopération grâce auxquelles Nigérians et Camerounais peuvent maintenant développer encore plus de projets transfrontaliers d’intérêt commun, et faire de leur zone un « espace de coprospérité », selon l’expression du président camerounais. Paul Biya appelle à « une dynamique nouvelle dans la relation économique entre les deux pays pour plus de solidarité et de complémentarité, et à la promotion une grande fluidité dans les échanges et plus de joint-ventures entre les opérateurs économiques. Dans cette perspective, les deux présidents annoncent la construction d’importantes infrastructures de communication pour faciliter le mouvement des hommes et des biens entre leurs deux pays.
Au bout du compte, la visite du président Muhammadu Buhari à Yaoundé ouvre une nouvelle page dans les relations entre le Cameroun et le Nigeria.

Marc OMBOUI

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