Cameroun-OIF : Pour une « Francophonie de solutions »

 

La visite officielle qu’elle a effectuée au Cameroun du 13 au 16 avril dernier a été l’occasion pour Michaëlle Jean, la Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), et son hôte, le président Paul Biya, de réaffirmer leur option pour une Francophonie moderne, plus active sur le terrain du développement économique.

« Avec l’économie la plus diversifiée parmi les pays d’Afrique centrale, le Cameroun peut jouer un rôle important dans la mise en œuvre de la nouvelle Stratégie économique pour la Francophonie. À ce titre, je tiens à ce que l’Organisation internationale de la Francophonie et le Cameroun intensifient davantage leur collaboration dans tous les domaines y compris en matière de coopération économique et de développement durable ». Ainsi parlait Michaëlle Jean au moment où elle s’apprêtait à se rendre au Cameroun.

Une Francophonie de développement

À Yaoundé, la capitale du Cameroun où, à l’invitation du président Paul Biya, elle a effectué une visite officielle du 13 au 16 avril dernier, Michaëlle Jean, la Secrétaire générale de l’OIF, n’a pas caché son ambition de mettre en œuvre son projet d’une Francophonie active, intégrée et portée par sa jeunesse, une Francophonie de solutions. Elle a rencontré un pays et un peuple désireux d’émergence et prêt à apporter sa contribution pour que la Francophonie puisse atteindre ses objectifs. «Le Cameroun, si riche et si dynamique, doit rester la locomotive de la construction d’une Francophonie plus forte», a-t-elle déclaré.
Tout au long de son séjour au Cameroun en effet, à travers les rencontres et les discussions avec les membres du gouvernement, les hommes d’affaires, les associations de femmes, les jeunes, Elections Cameroon, l’organe chargé de la gestion des élections au Cameroun, mais aussi à travers la visite du musée national et du centre d’enfouissement des ordures ménagères de Nkolfoulou, et dans les discours qu’elle a prononcés, Michaëlle Jean a clairement indiqué ses centres d’intérêt : économie, gouvernance mondiale, environnement, rayonnement de la langue française, promotion de la femme et des jeunes, etc. Des domaines pour lesquels la Secrétaire générale de l’OIF appelle à recourir à l’usage d’ « armes de construction massive ».
Pour sa part, son hôte, le chef de l’État camerounais, accorde une place de choix à l’OIF dont il dit qu’elle détient « des atouts pour figurer parmi l’avant-garde de la communauté internationale ». Et pour qu’elle continue à jouer ce rôle, elle doit « rester fidèle à ses valeurs et faire preuve d’audace pour s’adapter à un monde en perpétuel changement ».

Le projet de Michaëlle Jean rencontre ainsi parfaitement la conception de son hôte déclinée en novembre dernier lors du XVème sommet de la Francophonie, comme dans le toast qu’il a prononcé au cours du déjeuner d’Etat offert en l’honneur de la Secrétaire générale de l’OIF le 15 avril 2015 au palais de l’Unité à Yaoundé.
Partant de ce que la plupart des pays membres de l’OIF sont encore en développement, le chef de l’État camerounais a réitéré son vœu de voir la solidarité qui unit son pays à l’OIF s’exercer « de manière concrète, soutenue et durable dans le domaine du développement ». Paul Biya, dans le même esprit, avait quelques années plus tôt, proposé et obtenu la création d’un fonds de solidarité en faveur des pays victimes de catastrophes. Le secrétariat général de l’OIF a en effet mis en place ce fonds auquel le président Biya a apporté un soutien de 150 000 euros pour aider à son démarrage en 2013. Le Cameroun a pour sa part bénéficié de nombreux financements de la part du Programme spécial de développement, remplacé depuis 2009 par le Programme francophone d’appui au développement.

Une Francophonie de l’ouverture

En observant pour le déplorer que les Objectifs du Millénaire pour le Développement n’ont pas pu être atteints, le président Paul Biya a insisté sur l’impérative nécessité de faire en sorte que les retards accumulés soient rattrapés, dans le cadre de l’Agenda post 2015. « C’est ainsi, a conclu le chef de l’État camerounais, que l’on pourra faire reculer la misère, creuset où se forgent l’extrémisme et la révolte ».

Dans ce « combat en faveur de la dignité de l’homme », Paul Biya apprécie l’apport de l’OIF qui « ne se présente pas les mains vides ». Il n’en veut pour preuve que le nouveau cadre stratégique de cette institution qualifié d’ « atout précieux ». Et le chef de l’État camerounais de conclure : « En plaidant pour une solidarité plus agissante envers les PMA, notre Organisation contribuera à réduire les inégalités entre le Nord et le Sud ».
Les considérations liées au développement sont, il va sans dire, de plus en plus au centre des préoccupations des divers acteurs de l’OIF. Pour autant, le président Paul Biya n’oublie pas que la langue française constitue le lien principal entre les membres de l’OIF. Cependant, il invite la Francophonie à ne pas se constituer en «un monde clos ». Le chef de l’État camerounais rappelle fort opportunément que le Cameroun, son pays, et le Canada, le pays de Mme Michaëlle Jean, sont tous les deux membres d’autres ensembles (le Commonwealth notamment) qui cultivent les mêmes valeurs. D’où son souhait de voir ces ensembles « coopérer et poursuivre les mêmes objectifs communs, tels que la paix, la démocratie et le progrès économique et social ». L’OIF manifeste en effet une ouverture de plus en plus marquée aux pays appartenant aux aires linguistiques et culturelles arabophone, anglophone et lusophone. Pour le président Paul Biya, il faut se féliciter de cette contribution de la Francophonie « à l’avènement de la civilisation de demain, la civilisation de l’universel ».

Ensemble contre le terrorisme

Le Cameroun a littéralement déroulé le tapis rouge à son hôte. Reçue à son arrivée à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen par le Premier ministre, chef du gouvernement camerounais Philémon Yang, Mme Michaëlle Jean a, après un tête-à-tête de 75 minutes avec le président Paul Biya au palais de l’Unité, été élevée à la dignité de Grand Officier de l’ordre national de la Valeur, une distinction honorifique parmi les plus prestigieuses au Cameroun. Par ailleurs, la Secrétaire générale de l’OIF s’est vu décerner le titre de Docteur Honoris Causa de l’université de Yaoundé I, au cours d’une cérémonie solennelle et pleine d’émotion.
Le déjeuner d’État d’une centaine de couverts qui lui a été offert par le couple présidentiel camerounais a été l’occasion pour la Secrétaire générale de l’OIF de célébrer avec ses hôtes la relation entre cette organisation et l’État du Cameroun. Il en est ressorti que la coopération et les liens entre la République du Cameroun et l’Organisation internationale de la Francophonie sont riches et fructueux.

La Secrétaire générale de la Francophonie saisira l’occasion de sa visite pour réaffirmer la solidarité de la Francophonie avec le Cameroun dans des projets nationaux et sous-régionaux, mais aussi et surtout dans la lutte contre le terrorisme. « Monsieur le président de la République, je viens ici dire au peuple camerounais qu’il n’est pas seul. Je viens lui donner l’assurance de la solidarité agissante de notre organisation à l’égard d’un État membre qui subit sans faillir tour à tour et en même temps les répercussions des conflits régionaux de la Centrafrique, le terrorisme de Boko Haram et les effets pervers de l’insécurité maritime qui sévit dans le golfe de Guinée. Je voudrais vous assurer ici du soutien pur et entier de la Francophonie dans ces moments si difficiles », a-t-elle déclaré.
Au final, il apparaît clairement que le Cameroun et la Francophonie ont beaucoup de choses en commun, et la visite de Michaëlle Jean à Yaoundé a, sans aucun doute, permis de renforcer une relation déjà fort appréciable.

Marc OMBOUI – Cameroon-report

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