La liberté de la presse en débat au Cameroun

 

La traditionnelle célébration du 3 mai a donné au lieu à une confrontation de points de vue sur la situation de la presse camerounaise.

 

Cette année la célébration annuelle de la journée mondiale consacrée à la liberté de la presse avait une teneur particulière au Cameroun. Une situation consécutive à la récente condamnation d’un correspondant de Radio France Internationale en langue Haoussa à 10 ans de prison ferme par le tribunal militaire de Yaoundé. Certains journalistes auraient été arrêtés à la suite des violences menées par des séparatistes dans les régions anglophones du Cameroun. D’autres acteurs de la presse sont poursuivis devant les tribunaux par des personnalités pour des raisons liées à leurs publications.  Si la presse internationale francophone a fortement relayé le cas du correspondant en langue Haoussa de RFI, la presse anglophone insiste sur les journalistes pris dans l’étau des violentes revendications des anglophones.

Dans ce contexte, le ministre de la communication a convoqué son club de la presse (composé de journalistes de quelques médias représentatifs choisis par lui-même)  pour un échange sur le sujet. Issa Tchiroma Bakary estime qu’en matière de pluralisme médiatique, aucun pays africain ne peut faire mieux que le Cameroun. Il parle des 600 journaux, 200 radios et près de 30 chaines de télévision opérationnelles dans l’ensemble du pays. Mais le porte-parole du gouvernement camerounais appelle au « patriotisme » des médias lorsque l’intégrité et la réputation de leurs pays est en danger. Il demande aux journalistes de prendre connaissance du cadre légal. En effet la loi contre le terrorisme et le dernier code pénal punissent certains comportements des journalistes.  Le ministre Tchiroma annonce que les forces de défense et de sécurité préparent un programme de mise à niveau des journalistes sur ce nouveau contexte.

Le Syndicat national des journalistes, le plus important des syndicats du secteur, a justement organisé à Douala, une journée de formation des journalistes à la défense de leurs droits. La section camerounaise de l’Union de la presse francophone se déploie à Bafoussam dans la région de l’Ouest pour un forum sur la presse régionale face aux enjeux de l’unité nationale. Cette région qui abrite les populations Bamiléké a été pionnière dans la mise en place d’organes de presse à caractère régional. L’association des journalistes sportifs du Cameroun va tenir ce weekend dans la ville côtière de Limbe, son annuel tournoi  de football inter-médias. Les journalistes de formation exerçant dans le secteur de la communication organisent le même jour à Yaoundé un forum sur la reconfiguration de l’espace médiatique face à la montée des réseaux sociaux.

En marge de ces activités, les journalistes,  en quête d’une plus grande liberté, expriment l’attente de la normalisation du processus de délivrance des licences de création de médias audiovisuels. Ils condamnent la forte criminalisation d’activités relevant du quotidien du journaliste à l’instar de la protection des sources. Ils rejettent une régulation brutale marquée par la fermeture régulière d’organes de presse. La ministre de la communication indique la disponibilité du gouvernement à contribuer à la professionnalisation des médias, l’assainissement de la profession, l’accès aux sources d’information ainsi que la viabilisation économiques des entreprises de presse. Le ministère de la communication est fortement impliqué dans la recherche d’une solution pérenne pour la distribution des journaux. L’opérateur historique Messapresse a décidé de quitter cette activité.

Gérard Longue

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