Attentats terroristes : Boko Haram une menace pour le Cameroun et l’Afrique ?

 

Cinq attentats-suicides en deux semaines au Cameroun et diverses attaques isolées contre des populations de l’Extrême-Nord qui ont fait une cinquantaine de morts. Voilà la situation à laquelle est confronté le pays.

 

L’attentat le plus meurtrier a eu lieu le 25 juillet dans la ville de Maroua (extrême nord). Une source a indiqué qu’une adolescente aurait déclenché sa bombe dans un bar d’un quartier populaire de cette ville commerçante majoritairement peuplée de musulman. Bilan : au moins 20 morts et 79 blessés selon les autorités. Un autre attentat survenu trois jours plus tôt dans des circonstances semblables avait déjà fait 13 morts dans cette ville. Les autorités camerounaises sont convaincues que toutes ces attaques (cinq en deux semaines) portent la signature, dans la plupart des cas, de Boko Haram.
Pourquoi Boko Haram est-il devenu si menaçant en Afrique ?
Le groupe terroriste, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est interdite » œuvre au Nigeria depuis 2009. D’ailleurs, la lutte entre les forces nigérianes et Boko Haram est féroce puisque depuis six ans, on estime que les combats ont fait plus de 15 000 morts et 1,5 million de déplacés. Mais depuis l’année dernière, il s’est passé deux événements qui ont changé la donne. Premièrement, l’organisation terroriste a « élargi » ses activités. Boko Haram qui oeuvrait surtout dans le nord-est du Nigeria a traversé les frontières pour mener ses opérations au Tchad, au Niger et au Cameroun. Au début, ces attaques n’étaient que sporadiques, mais maintenant, elles ont lieu sur une base quasi quotidienne. Quand ce n’est pas dans un pays, c’est dans un autre.

Le second événement qui montre que Boko Haram est devenu une menace, notamment pour le Cameroun, c’est sa décision en mars 2015, de s’affilier au groupe jihadiste État islamique (EI), même si on ne sait pas encore très bien de l’avis de plusieurs experts en quoi consistent exactement les liens entre les deux organisations.

Mais cette association de Boko Haram avec l’EI a néanmoins eu un effet; avant, Boko Haram était essentiellement considéré comme un groupe terroriste régional. Avec sa décision de joindre l’EI, c’est maintenant devenu une organisation terroriste internationale capable potentiellement de bénéficier d’un soutien matériel et financier accru.

La riposte

Les pays africains directement menacés par Boko Haram ont d’ailleurs compris le sens de cette nouvelle alliance entre les deux organisations. Ce n’est un secret pour personne que Boko Haram souhaite la création d’un État islamique au Nigeria et ses incursions au Cameroun, au Tchad ainsi qu’au Niger font craindre le pire pour les pays voisins. C’est pour cette raison qu’en février 2015, lors de la conférence du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX) à Yaoundé, les pays participants se sont mis d’accord pour une force d’intervention de 8 700 hommes pour lutter contre le groupe terroriste. D’importantes opérations militaires ont eu lieu depuis le début de l’année contre les islamistes, que ce soit au Cameroun, au Niger, au Nigeria ou au Tchad. Jusqu’à maintenant, les militaires n’ont toujours pas réussi à neutraliser le groupe, mais il faut tout de même admettre qu’ils lui ont infligé de lourdes pertes.

Un meilleur contrôle des frontières

Comme l’a dit un chercheur de l’IRIS, Samuel Nguembock, dans une récente entrevue dans le magazine Challenge en janvier dernier, Boko Haram « contrôle aujourd’hui un territoire de près de 50 000 km2 — soit l’équivalent de la Belgique! — peuplés de 1,7 million d’habitants ». Ce contrôle effectif de certaines portions de territoire, notamment au Nigeria, permet aux différents groupes jihadistes de tisser des liens entre eux et de prospérer. Après tout comme le soulignait Samuel Nguembock, « le chaos en Libye, suite à la guerre menée pour faire tomber Mouammar Kadhafi, a permis à Boko Haram de ramener de nombreuses armes ». Autrement dit, le mouvement a bien profité des frontières qui sont peu surveillées et de l’absence de contrôle territorial.

PIERRE CÔTÉ

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