Cameroun : le mystère de la fibre optique clandestine est enfin levé

 

Le 17 septembre dernier, Camtel, qui détient à présent l’exclusivité du déploiement de la fibre optique au Cameroun, annonçait la découverte d’une installation illégale de la fibre optique sur certains axes de la route Yaoundé-Douala. L’opérateur étatique s’était alors plaint auprès du ministère des Postes et des télécommunications qui a saisi l’Agence de régulation des télécommunications (Art) pour y voir clair.

Du 24 au 26 septembre 2012, trois missions de contrôle de l’Art sont descendues sur le terrain et ont conclu que le promoteur de cette installation clandestine était Creolink Communications Ltd, un fournisseur d’accès internet détenteur d’une licence pour l’exploitation d’un réseau des télécommunications de première catégorie et dont les réseaux autorisés sont les réseaux V-SAT et radioélectrique de terre.

Les enquêteurs de l’Art ont constaté que la fibre optique installée était de six brins sur deux itinéraires de l’axe Yaoundé – Douala : « Yaoundé-Boumnyebel: pose de la fibre entre Yaoundé (Nkolbisson), le long de l’ancienne route nationale de Douala jusqu’à Matomb; puis vers Boumnyebel, le long du trottoir droit de l’axe lourd Yaoundé-Douala ; Douala-Edéa: déploiement de la fibre à partir de la gare de Japoma vers Edéa (le long de la voie ferrée de Loungahe à Malimba) ».
L’Art constate également que le câble posé porte l’estampille « CREOLINK COMMUNICATIONS» et qu’il est fabriqué par « Ingelec (usine Imacab), Maroc 212 ».

Par ailleurs, les règles d’ingénierie de pose du câble souterrain ne sont pas respectées, car il n’y a pas de grillage avertisseur et les trous ont une profondeur de moins d’un mètre.

Dans un communiqué du Dga de l’Art, Zourmba Aboubakar, signé le 12 octobre dernier, les responsables de Creolink n’ont pas contesté leur implication. « Le directeur général de Creolink Communications Ltd a reconnu sans équivoque être le promoteur du projet illicite. Rappelant dans un plaidoyer-réquisitoire le traitement discriminatoire réservé aux exploitants et fournisseurs de service par les opérateurs, la mauvaise qualité de la bande passante, la tarification prohibitive et suicidaire, etc. Il a pris l’engagement de coopérer en transmettant le dossier technique et financier dudit projet à l’ART, et à se plier à la sanction éventuelle qui sera infligée », indique Zourmba Aboubakar.

Pour l’Art, cette pose illicite porte atteinte, d’une part, aux dispositions de l’arrêté définissant le droit d’exclusivité de Camtel sur les transmissions interurbaines, et, d’autre part, du fait que l’établissement et l’exploitation de réseaux de transport de communications électroniques relèvent du régime de concession.

L’Art a mis en demeure cette société pour un arrêt des travaux sans délai, sous réserve de la sanction qui sera infligée conformément à la règlementation en vigueur.

Creolink Communications Ltd n’est pas le premier opérateur à avoir tenté de poser la fibre optique au Cameroun. En août 2009, l’Art avait exigé de Mtn Cameroon l’arrêt immédiat de l’installation d’une liaison interurbaine de 81 km de fibre optique d’une capacité de 36 brins à Douala.

Il existe en réalité en ce moment un flou sur l’existence d’une exclusivité de Camtel sur la pose de la fibre optique au Cameroun. C’est l’arrêté 005/MPT du 18 mai 2001 qui accorde à Camtel l’exclusivité du déploiement et de l’installation des liaisons interurbaines à fibre optique. Bien que cet arrêté soit arrivé à expiration, il reste en vigueur. Une convention de concession de deux ans avait été octroyée à Camtel en 2003, puis renouvelée en 2005. Depuis 2007, cette concession n’a plus été renouvelée. Généralement, les opérateurs veulent exploiter en leur faveur ce flou réglementaire. Mais, à l’Art et au Minpostel l’on indique que c’est le statu quo.

Beaugas-Orain Djoyum

Agence Ecofin

 

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