Trésors culturels pillés. Espoir d’un retour au Cameroun natal

Environ six mille pièces pour le Cameroun sur les 90 000 objets provenant d´Afrique subsaharienne se trouvent actuellement dans les collections publiques françaises.

Charles ABEGA

La statue sacrée d’Afo a Kom volée à Laïkom dans le Nord-Ouest en 1966, le trône du Mfon Mbouombouo qui régna de 1757 à 1814, ou encore le « Tangue de Kum’a Mbape Bell (la pirogue de Lock Priso, un patriarche Douala) arraché à Bonaberi le 22 décembre 1884, ne seraient que quelques pièces parmi les plus représentatives de l’immense patrimoine culturel camerounais aujourd’hui exploité dans des musées et autres institutions plus ou moins spécialisées à travers le monde et notamment en Europe. La restitution de ces objets pour la plupart cultuels et qui manquent depuis très longtemps à leurs peuples ainsi handicapés, fait actuellement débat dans un mouvement amorcé dès la seconde moitié du XXe siècle, consécutif à la décolonisation. Et aujourd’hui, les choses semblent bien plus précises, au grand bonheur des sociétés pillées et donc considérablement lésées par cet Occident qui a fait de leurs référents culturels et traditionnels, très souvent consultés pour leur valeur spirituelle, de simples trophées et des points de curiosité, parfois juste installés dans des intérieurs privés, pour satisfaire quelques égoïsmes. Le peuple Bamoun de l’Ouest du Cameroun pourrait donc être la première société élue à accueillir définitivement une de ces pièces puisque la France confirme pour le courant 2019, le retour du trône du Mfon Mbouombouo qui régna au 18e siècle (1757-1814), en tant que 11e roi des Bamoun.  Ce trône sera restitué dans le cadre du retour des objets pillés lors de campagnes militaires ou offerts aux musées et à l’Etat français par des officiers et soldats. C’est l’aboutissement d’un processus de mobilisation et de lobbying engagé depuis de nombreuses années par l’élite Bamoun, appuyée par la diplomatie camerounaise, des universitaires, des artistes et sportifs camerounais de haut niveau. En attendant d’être rapatrié, le trône de Mbouombouo est actuellement exposé au musée du Quai Branly, après un court séjour au Château de Versailles. Heureux épilogue donc pour cet objet artistique et de pouvoir pour le peuple Bamoun.

Commise par Emmanuel Macron, chef de l’Etat français, pour réfléchir à cette épineuse question de la restitution des biens culturels africains, la mission qui unissait l’universitaire sénégalais, Felwine Saar, et l’historienne française, Bénédicte Savoy, va commettre le rapport Savoy-Saar qui révèlera que plus de 90.000 objets provenant d´Afrique subsaharienne se trouvent actuellement dans les collections publiques françaises, dont 70.000 au musée du Quai Branly à Paris. Les 20.000 autres seraient répartis dans d´autres musées et villes portuaires françaises à l’instar de Cherbourg, Le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Nantes et Marseille.

Dans le classement des pays d´origine de ces œuvres, le Tchad arrive en tête avec plus de 9.000 pièces. Viennent ensuite le Cameroun (6000 pièces), Madagascar, le Mali puis la Côte d´Ivoire, le Bénin, l´Ethiopie, le Gabon ou le Congo. D’autres objets d’arts du Cameroun sont éparpillés dans les musées d’Europe notamment en Allemagne, Italie, mais aussi aux Etats-Unis d’Amérique. Cette restitution d’une partie de l’âme du continent pourrait être symptomatique du retour de bien plus encore.

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