Amougou Belinga fait tomber Peter Essoka. L’illustration d’une justice libre et égale pour tous

Même si les faits ne sont aucunement inédits au Cameroun, il convient de présenter cette dernière actualité plus ou moins people. Un opérateur économique attaque en justice un haut commis de l’Etat et obtient gain de cause devant les tribunaux. Contrairement à ceux qui disent la justice instrumentalisée par l’exécutif, l’on tient bien là une preuve de son indépendance.

Charles ABEGA

Le Tribunal de Première instance de la ville de Ngoumou dans la région du Centre a donc rendu son verdict, après des mois d’instruction. Le Président du Conseil National de la Communication (CNC), Peter Essoka, a purement et simplement été condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis pour « diffamation par voie de média ». Il devra par ailleurs verser une somme de 15 millions de Fcfa à titre de dommages et intérêts au groupe de presse L’Anecdote que dirige sieur Amougou Belinga en qualité de PDG, et une amende de 2 millions de Fcfa au ministère public. La décision de justice qui date du mardi 28 août dernier est l’aboutissement d’un procès intenté par Jean Pierre Amougou Belinga depuis janvier 2018.

Les faits

La plainte alors formulée en janvier 2018 à Ngoumou, environ une vingtaine de kilomètres de Yaoundé, portait sur la « diffamation et l’abus d’autorité ». Le propriétaire du Groupe L’Anecdote réagissait ainsi après des déclarations qu’il jugeait exagérées et faites par Peter Essoka en sa qualité de Président du CNC, lors d’une interview à la chaîne française Radio France International (RFI) en octobre 2018, autour de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Le journaliste de la CRTV à la retraite assimilait alors clairement la chaîne de télévision « Vision 4 », appartenant au Groupe L’Anecdote, à une certaine « Radio Mille Collines » du Rwanda, accusée d’avoir incité à la haine et à la violence, et donc d’être à l’origine même du génocide rwandais en 1994. Etablissant un parallèle, il trouvait alors certains journalistes de la chaîne peu professionnels, notamment dans leur traitement des informations liées à la crise anglophone, à l’époque naissante. Celui qui a pendant plus de deux décennies incarné la voix anglaise à la télévision du Président de la République Paul Biya, essayait certainement d’inviter la presse en général à une couverture stricte des évènements qui commençaient à l’époque à jeter l’effroi sur cette partie du Cameroun et pas seulement. Son ton aurait certainement été outrecuidant ou condescendant au point de lui valoir aujourd’hui cette condamnation devant la justice.

Les leçons

On est donc bien en droit de conclure, face à cette récente actualité, que la division et l’indépendance des pouvoirs sont une réalité au Cameroun. Car, faut-il le rappeler ici, le Président du Conseil National de la Communication est nommé par décret présidentiel et placé sous la tutelle du Premier Ministre. Vice-président de l’instance depuis février 2013, Peter Essoka accède à la tête du CNC le vendredi 27 novembre 2015, remplaçant Mgr Joseph Befe Ateba décédé en juin 2014. Il est le troisième président du CNC qui a pour rôles principaux de veiller au respect des lois et règlements en matière de communication sociale ; de l’éthique et de la déontologie professionnelle ; de la promotion de la paix sociale et de l’unité et de l’intégration nationale dans tous les médias. Le président a donc peut-être trop bien fait son travail, et heureusement, la justice est venue pour tout recadrer, en toute indépendance et objectivité.

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