Drame d’Éséka. La justice camerounaise condamne le groupe Bolloré

La culpabilité de sa filiale camerounaise Camrail vient d’être reconnue par le Tribunal d’Eseka. Son ancien DG écope de six mois de prison.

Olivier BOKALE

Le verdict est finalement tombé hier 26 septembre 2018. Au bout de deux années, Camrail, filiale de Bolloré Africa Logistics (BAL) et concessionnaire du transport ferroviaire au Cameroun, a finalement été reconnus coupable par le tribunal de grande instance d’Eseka dans l’affaire de la catastrophe ferroviaire du 21 octobre 2016. La filiale du groupe français Bolloré est condamnée pour Homicide, blessures involontaires et activités dangereuses. Pour les mêmes motifs, une dizaine d’employés et ex-employés du transporteur ferroviaire dont l’ancien Directeur Général Didier Vandenbon. Ce dernier a écopé de six mois de prison avec sursis pendant 3 ans. Le conducteur du train quant à lui est frappé de cinq ans de prison ferme. Pour les autres accusés, les peines oscillent entre trois et six mois, toutes assorties de sursis.

Précisons que l’argumentaire de l’accusation s’est appuyé sur plusieurs rapports d’experts, analysant les circonstances de ce déraillement du train qui a occasionné la mort de 79 personnes, selon les chiffres officiels. L’un d’eux, « étayé par les données provenant de la boîte noire du convoi ferroviaire, faisait état de graves dysfonctionnements dans 13 des 17 voitures formant le convoi (dont les huit ajoutées pour pallier l’afflux de voyageurs sur le trajet du 21 octobre 2016) », rapporte l’agence de presse AFP.

Dans un communiqué de presse rendu public le 26 septembre dernier, « Camrail a pris acte de sa condamnation en première instance devant le tribunal de la ville d’Eseka ». Si cette société ferroviaire renouvèle ses sincères condoléances aux familles des victimes, elle s’insurge contre cette décision prise en l’absence de toute expertise qualifiée qui devait permettre d’établir de manière objective les véritables causes de ce tragique accident. Ceci dans le but de les circonscrire définitivement afin de sécuriser davantage le chemin de fer camerounais. De plus, la Cameroon Railways (Camrail) et ses 1600 collaborateurs manifestent leur totale incompréhension devant une décision « manifestement fondée sur la seule appréciation de quelques anciens salariés non spécialistes, non assermentés, déclarés experts et par ailleurs en procédure judiciaire pour motifs personnels contre Camrail depuis 10 ans ». Des arguments qui expliquent donc pourquoi Camrail entend faire immédiatement appel.

Selon ses responsables, la décision du tribunal de la ville d’Eseka « n’apporte pas d’explication claire aux causes réelles du déraillement du train 152 ». Selon eux, il est par ailleurs étonnant qu’à aucun moment les débats ne se soient intéressés aux circonstances particulières ayant marqué cette terrible journée. Malgré sa contestation, Camrail promet de continuer à tout mettre en œuvre pour aller jusqu’au bout du processus d’indemnisation des victimes du 21 octobre 2016, finalisé à ce jour avec plus de 90 % des familles et ayants-droit.

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