Lutte contre Boko Haram : La CEEAC monte au front

Adoption d’une aide d’urgence de 50 milliards de CFA et création d’un Fonds de soutien multidimensionnel : telles sont les deux principales mesures fortes prises par les Chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) réunis

le 16 février dernier à Yaoundé (Cameroun) dans le cadre d’une session extraordinaire du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (COPAX), pour faire face au groupe terroriste Boko Haram.
Outre Paul Biya, président du Cameroun, hôte de ce sommet extraordinaire, Idriss Deby Itno, président du Tchad et président en exercice de la CEEAC, quatre chefs d’État, Ali Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo), Teodoro Obiang Nguema Mbazogo (Guinée Équatoriale), Catherine Samba Panza (RCA), ont pris part à la rencontre de Yaoundé. À cela, il faut ajouter des représentants de São Tomé et Principe, de l’Angola, du Burundi, de la RD Congo, de l’Union africaine (UA) et de l’Organisation des Nations Unies (ONU).
Boko Haram n’a pas droit de cité en Afrique centrale
Les participants au sommet de la CEEAC ont condamné « avec la plus grande fermeté les actions terroristes de Boko Haram au Nigeria, au Cameroun et au Niger », de même que les financements et toute forme de soutien à ce groupe terroriste basé au Nigeria et accusé de vouloir créer un « califat islamique » dans la zone du Lac Tchad. Ils ont apporté leur soutien à toutes les initiatives prises par la Commission du Bassin du Lac Tchad, l’Union africaine et la communauté internationale dans son ensemble en rapport avec la lutte contre ce groupe terroriste. Ils se sont engagés à trouver les moyens d’éradiquer le tristement célèbre groupe islamiste qui s’illustre depuis plusieurs mois maintenant par des prises d’otages, des exactions qui ont déjà fait des milliers de victimes et causé d’importantes destructions, et des pertes en vies humaines considérables au Nigeria, au Cameroun et depuis quelque temps, au Tchad et au Niger.

Pour ce faire, ils se sont engagés à apporter dans l’immédiat un soutien actif en termes d’assistance militaire, financière, logistique et humanitaire, au Cameroun et au Tchad et à tout autre État de la CEEAC qui pourrait être affecté par les actions de Boko Haram. Un Fonds spécial devrait être mis en place à cet effet au sein de la CEEAC.
Une réponse collective et coordonnée

Pour les observateurs, le sommet de Yaoundé a connu un franc succès, de par la participation des États membres, mais aussi et surtout aussi pour les résolutions adoptées. Toutes choses qui font croire que le Cameroun en particulier ne sera plus seul pour faire face à Boko Haram, et que la lutte contre ce groupe terroriste va s’intensifier en vue de son éradication.

Ce faisant, le président Paul Biya qui avait présenté la menace de Boko Haram comme un problème global qui appelle une solution globale lors de la présentation des vœux de Nouvel An au corps diplomatique en janvier dernier, a des chances de voir son vœu exaucé. Depuis lors en effet, une réunion des ministres des Affaires étrangères et de la Défense des États membres de la Commission du Bassin du Lac Tchad (CBLT) et du Bénin s’est tenue à Niamey (Niger) le 20 janvier dernier. Pour sa part, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine réunie en sa 484ème session à Addis Abeba (Éthiopie) le 29 janvier denier a autorisé le déploiement d’une Force Multinationale Mixte de 7500 pour lutter contre Boko Haram. Cette décision ouvre par ailleurs la voie à la saisine du Conseil de sécurité des Nations en vue de l’adoption d’une résolution.

Les chefs d’État et de gouvernement de la CEEAC se sont concertés sur la même question, en marge de la 24ème session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine tenue dans la capitale éthiopienne, et ont proposé de porter cette force à plus de 8500 hommes. La réunion des experts convoqués à Yaoundé du 5 au 7 février 2015 a permis de mener une analyse approfondie de la situation et d’élaborer le mandat de la Force Multinationale Mixte.

Entre temps, le Tchad a envoyé un important contingent à la frontière entre le Nigeria et le Cameroun pour venir en renfort aux forces camerounaises. Un geste pour lequel le président Paul Biya a tenu à rendre un hommage appuyé à son homologue tchadien. Une coopération qualifiée d’« exemplaire » par les participants au sommet de Yaoundé. La coopération semble en fait être le maître-mot pour faire face au terrorisme. Le communiqué final publié à l’issue du sommet de Yaoundé fait état de la volonté des chefs d’État de la CEEAC à « développer une coopération active » avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) afin d’éliminer le groupe terroriste Boko Haram.

Au bout du compte, il apparaît clairement qu’après une période d’apathie, la sous-région Afrique centrale, les pays du Bassin du lac Tchad et de l’Afrique de l’Ouest, semblent avoir pris conscience de la nécessité de mutualiser leurs efforts pour faire face à la menace que constitue Boko Haram. Et si les résolutions du sommet de la CEEAC venaient à être mises en œuvre, il va sans dire que ce groupe terroriste risque de connaître des moments difficiles dans les prochains mois.

Marc OMBOUI

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