Mains basses sur le Cameroun

Le Cameroun est un modèle en Afrique Centrale, véritable poumon économique qui capte plus de moitié de la masse monétaire de cette sous-région. Pays stable sur le plan politique, le Cameroun subit depuis plus de quatre ans, une insécurité transfrontalière du fait de sa situation géographique qui le met au contact des zones de friction. Jouant un rôle de verrou stratégique, les répercussions de ces secousses sont restées jugulées dans la périphérie transfrontalière.

Mais contre toute attente, la crise anglophone surgit en 2017 et s’intensifie de manière curieuse, au fur et à mesure que l’échéance politique de l’élection présidentielle de ce pays se rapproche, au point où il serait très difficile de ne pas associer la crise sécuritaire que vit actuellement  le Cameroun à un agenda qui s’inscrit dans une ingérence inacceptable.

Des acteurs étrangers qui s’invitent au débat politique

Partant d’un référentiel internationaliste, Il est très curieux de comparer la distanciation qui existe dans les constats et analyses de la situation sécuritaire qui prévaut au Cameroun, établis par les ONGs et certains autres acteurs de la sphère internationale. Certains pays occidentaux, cachant mal une posture partisane, ont même accordé plus de crédit aux informations disponibles d’influenceurs et activistes, faisant fi dans bien des cas, de celles produites par les sources gouvernementales. La gestion de la tuerie du petit village de Menka dans le Nord-Ouest en est révélatrice. Les médias, certaines chancelleries occidentales et autres ONGs ont recueilli les informations d’une seule partie constituant le corpus de l’opposition, comme celle du  président du parti du SDF, Ni John Fru Ndi qui a allégué que l’armée est arrivée un matin, a ouvert le feu sans discrimination sur la population, et que bien qu’il ait légitimé cette intervention, il dénonçait une utilisation exagérée de la force. Le gouvernement avait alors expliqué par le Ministre de la Communication les séquences de cette opération qui était requise et légitime, suite à la plainte d’une victime qui a réussi à échapper à ses ravisseurs, et a pu alerter les forces de défense. Après évaluation de la situation, une unité d’intervention a été envoyée sur la zone d’action, et a ouvert le feu après qu’elle ait été prise à partie en premier par les terroristes. Le commando a mené sa mission de manière professionnelle ; la preuve est le recueil de victimes qui ont pu être mises en sûreté au cours de cette opération en levant juste les mains. Ces victimes témoigneront que les terroristes avaient exécuté les otages qui n’avaient pas pris les armes pour défendre leur dispositif. Ces témoignages, ajoutés à celui du chef du village local, ont confondu les allégations jusque-là avancées qui étaient déjà allées dans tous les sens, sans qu’en revanche, leurs auteurs ne s’en amendent ou s’en excusent. Cette manière particulière de traiter un pays souverain systématiquement agressé dans sa souveraineté est tout à fait inacceptable, et participe, au-delà d’une condescendance ourdie, d’une déstabilisation soit, d’une ingérence qui cache mal des raisons prédatrices larvées dans ces intentions. Il à noter que les terroristes qui avaient pris tout un village en otage qu’ils extorquaient, avaient copieusement violé des enfants mineurs, entre 15 et 18 ans, situation qui n’a pourtant nullement ému certaines sensibilités occidentales réputées angéliques qui, pour accéder à ses prétentions, pourraient passer l’éponge sur des cas de violation des droits de l’homme. Mais au contraire, par ONGs interposées, en parfaite collusion avec des capteurs terroristes, des transmissions de supports truqués avec véhémence et maladresse manifeste, dont la répétition s’inscrit dans l’obstination de condamner à tout prix l’Etat du Cameroun, cela contre toute éthique diplomatique, les services des affaires étrangères s’immiscent dans les affaires intérieures du Cameroun, dénoncent gratuitement, comme ces cases brulées qui sont vues du haut par les satellites et dont les auteurs sont les terroristes. Des acteurs qui sont sourds aux appels des populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui s’organisent peu à peu en comités de vigilance, des acteurs qui  sont curieusement atones à la destruction du tissu économique de ces deux régions très dynamiques. Des grandes usines agricoles viennent d’être transformées en cendre, laissant sur le pavé des milliers d’ouvriers. Les ingrédients sont réunis pour créer le chaos dans ce pays qui a résister malgré ses guerres sécuritaires à maintenir la tête hors de l’eau et de résister à la récession économique qui secoue la sous-région de l’Afrique Centrale.  Les raisons d’une alternance politique sont-elles fondées pour ressusciter un Cameroun nouveau sur les ruines de la destruction en cours ?

Des perceptions géostratégiques aux convenances géopolitiques

La politique étrangère camerounaise est axée sur le multilatéralisme, le principe de non-ingérence et la promotion de la coopération internationale. C’est un pays qui manifestement ne développe aucune velléité hégémonique et promeut plutôt les relations multilatérales importantes au sein de la sous-région. Au niveau régional, la coopération bilatérale avec le Nigéria voisin est la plus importante en termes d’échanges. Au niveau interrégional, la coopération est tout également florissante. Cette politique est constante, et concrétise le concept de développement communautaire cher au président Paul Biya, qui a compris que le développement du Cameroun viendrait des cellules communautaires qui se verraient boostées par la capitalisation des investissements extérieurs. Cette politique se concrétise également par une meilleure protection des intérêts du Cameroun, et de la diversification des investisseurs. Une politique qui ne semble pas être en phase par le diktat des multinationales qui voudraient maintenir une main mise exclusive sur les richesses extraordinaires de ce pays qui de l’avis de spécialistes, est un véritable « scandale naturel ». Cette richesse est répartie également sur tout le territoire, tant sur le plan agricole que minier. Aucune région ne pourrait donc se prévaloir de détenir la richesse du Cameroun au point que ce motif soit une raison d’irrédentisme. Grande a été la surprise d’apprendre que le groupe Canadien Kilimandjaro avait signé des précontrats avec certains dirigeants sécessionnistes, contre toute règle en matière de commerce international. De tels écarts ont à peine fait les choux gras de la presse, parce que masqués par l’influence des lobbys. La politique multilatérale optée par le président Paul Biya ne serait-elle pas à l’origine des turbulences de sillage qui appellent finalement à une alternance aux ordres, que ses initiateurs veulent plus malléable et attentive aux intérêts de lobbys qui dictent le rythme de la géopolitique mondiale ?

L’on comprend alors davantage que l’agenda qui a présupposé la non-représentation du candidat Paul Biya à sa propre succession, avait misé par l’épouvante de phénomènes crisogènes qui n’ont pas présagé de la réelle capacité des forces de défense polymorphes et qui soient à mesure de faire face aux menaces pluriformes. En effet, tous les pays occidentaux qui se sont prononcés jusqu’alors  par une aide en échange d’une occupation militaire ont vu leurs offres refusées, dans le sens où cette présence sédentaire entamerait la souveraineté dont le peuple camerounais souverain et maître de son destin se veut absolument jaloux. Toute la cabale médiatique hypertrophiée, tamisée de quelques intentions humanitaires ne rentre-t-elle pas dans la préconisation d’un schéma qui aboutirait comme en Lybie et en Côte-d’Ivoire, vers l’impasse du « Droit de protéger » qui dans les exemples évoqués sont des échecs de la communauté internationale en Afrique. Les cas de l’Irak et de la Syrie au Moyen-Orient ne sont pas très éloignés de cette thèse.

Le Cameroun dispose d’une forte capacité de résilience et le multilatéralisme pour lequel il a opté ne lui vaut pas seulement que des dividendes économiques mais aussi d’influence. Les cas de la Lybie, de la Côte d’Ivoire, de l’Irak et de la Syrie ont démontré la faillite du système de sécurité des nations-Unies, des scenarii qui ont très peu de probabilité de réussir avec un pays comme le Cameroun, où la population fait chorus majoritairement avec ses gouvernants, si tant il est vrai que la démocratie  est l’émergence de la majorité, et que les élections qui se profilent, contrairement à ce que croient les analystes, seraient peut-être le tournant pour ce pays, qui pourrait se lancer vers son véritable destin et transformer en conséquence, le nouveau paradigme de ses relations internationales.

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