Cameroun terre d’asile. L’incontournable recours des déplacés

Sa position géostratégique, sa stabilité sociopolitique et économique sont certainement autant de critères qui président à l’éligibilité du Cameroun dans le choix des populations fuyant les conflits ou d’autres formes de périls dans les pays voisins. En 2015 déjà, le HCR évaluait à plus de 459.650 le nombre de réfugiés sur le sol camerounais.

Charles ABEGA

Déjà, entre juillet 1967 et janvier 1970, la guerre de sécession du Biafra au Nigéria allait provoquer les véritables premiers mouvements massifs des populations d’un pays voisin (le Nigéria), pour le territoire camerounais. Plus de 10.000 Nigérians avaient trouvé refuge côté camerounais, fuyant les confrontations entre l’armée fédéraliste et les bandes sécessionnistes. Et plusieurs d’entre eux, malgré la fin de la guerre, n’ont plus jamais remis les pieds au Nigéria, peuplant les grands plateaux de l’Ouest, la longue côte du Littoral et même le septentrion camerounais. Ils sont aujourd’hui des opérateurs économiques prospères évoluant sur tout le territoire, et établissant un pont humain et économique entre les deux pays. D’aucuns s’internationalisent même, se servant du Cameroun comme base solide pour leurs affaires. Un flux massif de réfugiés nigérians se manifestera encore dès 2014, avec les massacres des villages de Pulka et de Gwoza par Shekau et ses hommes, au début de la quête sanguinaire de l’installation d’un califat par Boko Haram dans la région. Heureusement, une diplomatie bien menée entre les deux gouvernements sait faire le reste.

Parallèlement, on dénombre actuellement plus de 230.000 réfugiés centrafricains disséminés majoritairement dans plus de 300 villages de l’Est et de l’Adamaoua. Si certains sont entrés par grosses vagues au Cameroun dès septembre 2013, essayant de fuir le conflit intercommunautaire qui opposait les milices à majorité musulmanes baptisées Séléka, aux groupes d’auto-défense chrétiens et animistes Anti-Balaka, des premières masses ont franchi les frontières camerounaises respectivement en 2004 et en 2012 lors des première et deuxième guerres civiles qui ont successivement frappé la République Centrafricaine.

Les Tchadiens, quant à eux, sont en terre camerounaise depuis 1979, juste après le début du conflit tchado-tchadien entre la faction de Goukouni Ouéddei et celle d’Hissène Habré, suite à l’échec de constitution d’un Gouvernement d’union nationale. Et en 2008, à cause des conflits sociopolitiques, ils ont également été des milliers à franchir la frontière pour le triangle national. Plus de 2.500 âmes en quête de sécurité se sont installées majoritairement dans les villages et villes du grand Nord du Cameroun. Ils sont aujourd’hui par milliers, partie prenante du tissu sociopolitique et économique de leur pays d’accueil.

Selon un rapport du HCR (Haut-Commissariat pour les Réfugiés) rendu en janvier de l’année en cours, sur les 665.947 réfugiés vivant  au Cameroun, 248 926 sont centrafricains et 96 283 nigérians. Plus de 120 millions de Dollars $ ont déjà été mis à contribution en 2015 pour gérer le pic de 459.650 réfugiés connus en cette année, avec des exigences dans les domaines de la santé, de la nutrition, de la sécurité alimentaire, de l’eau potable, de l’hygiène, des infrastructures d’hébergement, de l’énergie etc.

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